Réalité virtuelle et conséquences psychologiques

La journée de Julien a été bien remplie. Il peut enfin s’accorder une petite sieste sur son radeau au milieu de l’océan. Il avait commencé la matinée par quelques parties de Call Of Duty avant de partir pour une visite guidée de la cathédrale Sagrada Familia à Barcelone. À midi, il a fait une pause déjeuner au sommet du Mont-Blanc. La vue était imprenable. Ensuite, il est parti faire de la plongée le long de la grande barrière de corail en Australie après quoi il s’est finalement accordé cette fameuse sieste, bercé par les clapotis de l’eau. 23h quelqu’un sonne à sa porte, Julien enlève son Oculus Rift, retour à la réalité !

Cette expérience vous paraît invraisemblable ? Elle sera pourtant complètement envisageable dans les prochaines années. L’artiste Thorsten S. Wiedemann a tenté l’expérience de porter sans interruption un casque de réalité virtualité pendant 48h d’affilé. Avec, il a passé 2 jours à jouer, découvrir de nouveaux mondes, manger, communiquer et même dormir de manière quasiment habituelle à quelques bad trips près ! L’interview qu’il a réalisé suite à son expérience est disponible sur Motherboard.

Conséquences psychologiques 

Face à ces nouveaux usages et à cette téléportation vers un monde virtuel, plusieurs questions se posent, principalement au niveau psychologique. Nous sommes allés à la rencontre d’Auriane Gomez, psychologue clinicienne, pour avoir quelques éléments de réponse :

Pourquoi aurions-nous besoin de la virtualité ?

Dans une société complexe où nous sommes soumis à des exigences grandissantes, le monde virtuel nous permettrait de bénéficier d’un lieu sécurisé, conforme à nos besoins et à nos désirs. Il constituerait un espace divertissant, nous offrant la possibilité de nous épanouir dans un monde construit pour soi où nous serions pleinement acteur et non plus seulement spectateur. Notre participation nous permettrait de prendre une place choisie et de suivre nos envies.”

Quels manques peuvent être comblés par le monde virtuel ?

Le virtuel est un monde contrôlé où l’imprévu n’est plus présent, nous donnant l’opportunité de prévoir les événements à venir afin de les anticiper et de les préparer. L’incertitude angoissante de la réalité est donc évincée avec succès dans cette sphère. Le monde virtuel, en nous protégeant de notre finitude, nous apporterait un sentiment d’immortalité mais aussi d’intemporalité.

Quelles seraient les conséquences psychologiques d’un retour à la réalité ?

“Une vigilance particulière sur les répercussions psychologiques éventuelles me semble nécessaire. Il serait intéressant de conduire des études spécifiques évaluant les risques de cette immersion dans un espace hors du temps et du réel. Le danger pourrait être que ces expériences virtuelles prennent une place trop importante dans nos quotidiens et s’immiscent dans notre réalité. Les limites du monde virtuel et du monde réel ne sont pas les mêmes, nous devons donc en avoir conscience pour adapter nos comportements. Il serait pertinent de réfléchir à des procédés nous permettant de mettre en lien ces deux mondes pour qu’un équilibre soit trouvé en évitant un sentiment de confusion. Le virtuel ne pourra, tout de même, jamais être substituable à la réalité. Il ne remplacera pas une vraie relation humaine, car l’échange s’ancre dans le réel. Dans le témoignage de Thorsten S. Wiedemann, le manque de lien et le problème de la solitude sont ainsi évoqués. N’essayons donc pas de combler notre besoin d’interdépendance par le virtuel.”

Comme le précise Auriane Gomez, cette virtualité pose beaucoup de questions notamment sur la frontière entre le réel et le virtuel. Les fabricants ont néanmoins déjà commencé à réfléchir aux conséquences de l’immersion dans la virtualité et du retour à la réalité en équipant les casques de la fonctionnalité «passthrough» qui permet de voir temporairement l’environnement le temps d’une brève interaction avec le monde réel, ce qui facilitera la jonction entre les deux frontières. Plus récemment, Leap motion a présenté la fonctionnalité Quick Switch qui permet de passer du réel au virtuel (et inversement) en passant ses mains à quelques centimètres de ses yeux.

Leap Motion_quick switch

Une virtualité palpable

De nombreuses startup également se penchent sur le sujet de rendre la virtualité toujours plus réelle bien au-delà de l’image que l’on percevra. En effet, des recherches sont actuellement menées pour aboutir à des solutions qui nous permettront de contrôler et de ressentir la virtualité.

Par exemple les gants Gloveone recréent la sensation du toucher grâce à un système de vibrations.

gloveone_virtual_reality

La startup Teslasuit, quant à elle, travaille sur une combinaison complète qui nous permettra d’agir et de ressentir toutes nos interactions avec la virtualité.

Ainsi, il sera de plus en plus difficile de faire la différence entre le réel et le virtuel hormis les casques et les accessoires que nous devrons continuer de porter pour l’instant. Il serait également intéressant d’étudier les conséquences en matière médicale des sensations vécues dans la virtualité. Un placébo inverse est-il possible ? Il faut dire que dans Matrix, s’ils meurent dans la matrice, ils meurent également dans la vraie vie… mais cela reste de la science-fiction 🙂

Tous les exemples présentés dans cet article ont été découverts dans notre Digital Chillout. Abonnez-vous !

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